Table ronde : Quelle ville laisserons-nous à nos enfants ?

Lors de cette table ronde, le débat a été vif entre les militant(e)s et les invité(e)s (il est par ailleurs dommage de n’avoir eu qu’une femme en tribune), et a particulièrement porté sur les thématiques de la « concertation » et de « l’écologie ». Mais quelle concertation et quelle écologie ? Car derrière ces mots se cachent souvent des réalités différentes que connaissent bien les membres de la CNL.

Tout d’abord ces mots prennent forme dans un contexte particulier sur lequel revient Jean-Pierre Bosino, responsable départemental de la fédération de l’Oise du PCF, et maire de Montataire (Oise). Alors que 85 % des salarié(e)s en France gagnent moins de 2000 euros par mois, l’abaissement des plafonds de ressource mis en place au moment de la loi Boutin est toujours d’actualité. Dans le même temps, l’aide à la pierre pourtant essentielle a été réduite à peau de chagrin et les projets ANRU 1, 2 bientôt 3 (et pourquoi pas attendre « ANRU 4» a plaisanté une militante du 94) ne favorisent pas la démocratie participative. La future loi « Égalité et Citoyenneté », si elle doit faire l’objet de débats et d’amendements, ne semble pas non plus pour l’instant répondre aux besoins de concertation et de co-construction demandés par les habitants pour leur quartier et leur ville.
Ce point de vue est par ailleurs partagé par Jean-Louis Dumont, président de l’USH, qui parle d’un projet mal ficelé. Comme le rappelle ce dernier, il est également compliqué d’obtenir la (simple) mise en place de ce qui existe déjà. D’où la nécessité d’avoir une CNL combative, vigilante.. puisque comme le dit Jean-Louis Dumont, «l’entrée de la CNL dans les conseils d’administration ne s’est pas faite sans mal ».
La représentativité, c’est effectivement ce sur quoi le président de l’USH a été particulièrement questionné. Il s’est par ailleurs montré réceptif, puisqu’il a assuré qu’il prendrait en considération les différents témoignages entendus lors de ce congrès. Comme l’expliquent les militants de Vitry, des Hauts-de-Seine ou encore de la Gironde, alors que la CNL représente 100 % des locataires, ses sièges aux conseils d’administration des OPH sont trop peu nombreux. Pire encore, ils diminuent lorsqu’il y a fusion d’organismes HLM comme dans les Hauts-de-Seine, où après la fusion de trois offices HLM (représentant 40 000 logements), le nombre de sièges pour les locataires passent de 13 à 5 sièges. Cette diminution paraît incompréhensible puisque le nombre de locataires, lui, ne diminue pas. De plus, la représentativité est aussi un moyen de donner la parole aux habitants, qui souvent sont absents des centres décisionnels. Cette tendance se renforce, on l’a vue, avec la création de métropoles et de méga-structures qui diluent, comme à Grenoble, le poids des contre pouvoirs.

Dans un deuxième temps, c’est la construction de la ville de demain qui a été débattue. Une ville écologique, que les habitants pourraient co-construire et où leur avis serait véritablement pris en compte. Le but n’est pas « d’infantiliser » les habitants, comme l’explique un militant du Gard, en leur proposant de débattre sur des choses qui sont déjà proposées. L’architecte Cristina Conrad souligne par ailleurs que parfois les concertations citoyennes sont décevantes, en s’attardant sur des détails et non sur les politiques de la ville et de l’urbanisme. Or la question est éminemment politique et touche à la manière dont on considère le logement : doit-il être un produit fiscal ou social ? Quel rôle doit jouer le logement dans la ville de demain ?
On assiste depuis des années à une marchandisation de l’immobilier, où comme le souligne Cristina Conrad, le nombre de m² diminue par logement, ce qui oblige les architectes à rester dans des formes de construction assez strictes. Cette standardisation est par ailleurs renforcée par l’application des règles PMR.
Le logement, surtout social, n’est plus considéré comme une source d’inspiration architecturale comme cela a pu être le cas dans les années 70. Il souffre surtout d’une stigmatisation grandissante qui se voit lorsque les communes refusent de construire un minimum de logements sociaux. A l’argument foncier qui justifierait la non-application de la loi SRU, Cristina Conrad répond que « lorsqu’il s’agit de construire du privé, il y a souvent de la place » Si la loi SRU n’est pas toujours appliquée, elle représente toutefois un progrès puisqu’elle essaie d’instaurer une certaine « mixité ». Mais encore une fois, le concept de « mixité », comme celui « d’écologie » ou de « concertation », apparaîssent vides de sens lorsqu’il n’est pas suffisamment précisé. On parle ici de mixité sociale, mais aussi générationnelle et fonctionnelle, ce qui signifie un investissement fort dans le service public.

Et l’écologie alors dans tout ça ? C’est justement comme relevant du service public que les politiques dites écologiques doivent être menées.
Wandrille Jumeaux, membre d’Alternatiba (qui représente un collectif européen, agissant sur la thématique du climat et de justice climatique) met en avant l’importance des mobilisations collectives pour imposer une nouvelle façon d’aborder l’écologie, et l’amélioration de la qualité de vie globale mais aussi locale. La relocalisation permet, y compris pour les plus pauvres, d’avoir accès à des espaces verts, mais aussi de créer du lien social en repensant la manière dont les habitants ont accès à une bonne alimentation via des circuits courts.
Le « circuit court », comme l’a fait remarquer un camarade, est synonyme pour beaucoup d’accès à la grande distribution plus pratique, car plus proche de chez soi, mais aussi moins cher.
C’est cette réalité économique qui doit être prise en compte dans les politiques écologiques, sinon elles ne seront qu’un prétexte pour taxer les plus pauvres au nom de la responsabilité individuelle. Comment peut-on parler de responsabilité individuelle lorsqu’avec l’isolation des bâtiments, qui dépend des bailleurs et de l’impulsion des politiques d’État, on peut diminuer jusqu’à 40 % l’émission de CO2 ?
Comme le rappelle Eddie Jacquemart, oui la CNL est pour l’écologie. Mais il ne s’agit pas de faire payer « la troisième ligne » aux locataires, c’est-à-dire une partie de l’investissement du logement social. De même, l’écologie ne doit pas être vue comme une « option » que l’on pourrait choisir ou pas en fonction de ses moyens, ou comme une marque de distinction ( les fameux « bobos »), mais un droit pour tous.

Pour conclure, de nombreuses réflexions ont été données par les intervenant(e)s et militant(e)s. L’importance de l’État et des gestions publiques du logement, la nécessité de développer des services publics, comme l’école ou encore les transports, en parallèle de l’augmentation du nombre de logement sociaux. Comme le rappelle Eddie Jacquemart, l’aide à la pierre et la construction de logements sociaux sont des outils efficaces pour la mise en place de la mixité sociale et pour la construction d’une ville abordable pour tous. « Une ville où il fait bon vivre à l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, où on propose aux locataires de partir plus loin, d’avoir un logement plus petit et plus cher » précise le président national de la CNL.
Comme le mentionne une militante, « ce n’est pas nous qui abandonnons la ville de demain à nos enfants, ce sont les politiques qui le font ! », et on le voit à travers les réflexions militantes. Malheureusement, ce débat était encore une fois trop court. « Il nous faudrait deux congrès » ajoute une militante, preuve que la CNL n’est pas en reste de propositions.

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