Quelles politiques européennes du logement ?

Une Europe, pour 27 politiques du logement ?

La question du logement en Europe est particulièrement délicate. Chaque pays dispose en effet de ses propres politiques, souvent ancrées dans l’histoire. Au modèle de la propriété, particulièrement actif dans les pays d’Europe du Sud, s’oppose un modèle locatif social des pays nordiques. L’Europe de l’Est, dominée jusqu’en 1989 par un logement régulé et nationalisé, a largement diminué le rôle de l’État depuis. Pour les institutions européennes, la question du logement est avant tout un enjeu national, au nom du principe de subsidiarité… Pourtant, à y regarder de plus près, des convergences existent à l’échelle européenne.

Depuis plusieurs années, les lobbys propriétaires et les libéraux ont largement combattu toutes les politiques sociales du logement. Des plaintes ont été déposées contre la Suède, au nom du principe de la concurrence libre et non faussée. En cause : la place trop importante du logement social et les subventions publiques en sa faveur. Nous retrouvons le même phénomène pour l’Irlande, mais aussi pour la France, où l’Unpi a déposé un recours européen contre le modèle HLM. S’il existe donc bien des politiques du logement diverses en Europe, elles ne peuvent cacher l’action systématique et concertée des grands défenseurs de la propriété, du marché et de la concurrence, qui agissent aujourd’hui contre des politiques sociales européennes et nationales en matière de logement.

L’échec du « tous propriétaires » en Europe

Depuis plusieurs décennies, les pays européens ont largement promu l’accession à la propriété. Elle a été encouragée par la vente massive de logements sociaux (comme en Angleterre, sous Thatcher), par des incitations fiscales et l’absence de logement social (comme au Portugal), ou par la privatisation du logement régulé (pays de l’Est).

L’objectif est double : d’une part, il permet aux Etats de réduire leur financement des politiques du logement. D’autre part, la propriété peut être considérée comme une forme de pension de retraite, de sécurité pour la vieillesse, ce qui permet de nouvelles économies sur la protection sociale. L’Europe des propriétaires est, pour ses défenseurs, un bon outil de réduction budgétaire. La crise de 2008, qui trouve ses origines dans une accession à la propriété non régulée et spéculative, a montré les limites de cette politique. Endettement excessif des ménages, taux d’effort des ménages en hausse massive (pour les ménages les moins fortunés en Espagne, il a augmenté de 16 % à 41 % après le début de la crise), et leurs conséquences : précarité, expulsion.

Un parc locatif en difficulté

La hausse de l’acquisition a entraîné logiquement une réduction de l’offre locative, à quelques exceptions près. Les ménages les plus fragiles, quand ils ne peuvent pas accéder au logement social, sont contraints à demeurer dans un parc locatif privé.

Dans la majorité des pays européens, ce parc locatif privé n’est pas régulé (sauf en Allemagne). Les locataires sont confrontés partout aux mêmes difficultés : le surpeuplement, l’insalubrité, les mécanismes d’exclusion et de discrimination, etc. D’autant plus que les propriétaires de ces logements, en majorité des petits propriétaires, n’entretiennent que peu leurs biens. De plus, la faible construction sociale dans de nombreux pays européens (pays de l’Est, Belgique, Italie ou encore Allemagne) ne permet pas aux locataires du privé de connaître un parcours résidentiel en ascension.

Logiquement, la précarité locative est donc en plein essor en Europe. Plus de 30 millions d’Européens vivent dans des logements connaissant des fuites, de l’humidité, ou une absence de confort (douche, toilettes) ou encore des problèmes de luminosité. Cette situation est particulièrement dramatique à l’Est de l’Europe : elle concerne par exemple 28 % de la population roumaine.