Logement et Famille 276 - Le Portrait (en intégralité)

Interview Gérard Raux – Président de la fédération CNL de Seine-Maritime et administrateur Quevilly Habitat (76)

J’ai commencé à militer à la CNL en 1993 alors que j’étais président d’une mutuelle. Les interventions que je faisais dans ce cadre en ont intéressés certains qui sont venus me solliciter. Des amis de la CNL – dont le père de Nicolas LANGLOIS, le maire actuel de Dieppe – m’ont convaincu qu’il serait intéressant d’avoir une présence CNL à Grand Quevilly. Je suis donc entré en contact avec la fédération et j’ai monté l’amicale presque aussitôt, il y a près de 30 ans maintenant. J’en suis devenu le président pendant quelques années, jusqu’à ce que je devienne président de la fédération 76. Quelques temps après la création de l’amicale, le bailleur a attaqué une réhabilitation importante dans 4 tours de 15 étages. Forcément, les locataires étaient très inquiets car c’était un dossier important, même pour le bailleur. A cette occasion, j’ai rencontré le directeur de Quevilly Habitat qui a trouvé intéressant que l’on travaille ensemble et que je puisse faire le relai entre lui et les locataires. Nous avons donc mené campagne pour les élections des représentants des locataires et j’ai été élu.

Le plus important dans ce rôle, pour moi, c’est d’être en lien direct avec les locataires et de remonter leur parole auprès du bailleur : celui-ci a des projets, des envies et des objectifs mais ceux qui habitent dans les logements ont également besoin de s’exprimer. C’est un travail quotidien. Il faut arriver à trouver le bon discours pour ouvrir le dialogue et faire comprendre au bailleur nos positions.

Mobiliser les habitants
Mobiliser les locataires est de moins en moins évident et la loi Elan le prouve : récemment lors d’une assemblée, je leur ai rappelé qu’il y a 20 ans, nous les mettions déjà en garde contre la vente de logement social et qu’à cette époque, ils n’y croyaient pas… Aujourd’hui, ils voient bien que cela se passe mais leur mobilisation n’est pourtant pas à la hauteur. Dans certaines villes, il existe encore un terreau syndical et les habitants se mobilisent davantage mais chez moi, c’est une ville un peu bourgeoise, ce qui rend la mobilisation générale plus compliquée.

Le travail quotidien
Nous tenons chaque mardi une permanence qui ne désemplit pas. Nous traitons 2 ou 3 dossiers par semaine ce qui fait à peu près 70 dossiers à l’année. Le bureau de l’amicale compte entre 12 et 15 personnes et nous sommes 7 à tenir les permanences à tour de rôle. Nous travaillons beaucoup sur des états des lieux ainsi que sur des demandes d’attribution car les habitants savent que je fais partie de la commission d’attribution. Lorsqu’il s’agit d’états des lieux entrants et qu’il y a des travaux, nous intervenons auprès du pôle de maintenance du bailleur et nous arrivons à obtenir beaucoup. En général, nous nous déplaçons chez le locataire afin de constater les faits par nous-mêmes et prendre des photos. Lorsque l’on va voir le bailleur avec des photos, c’est tout de suite plus parlant et il prête plus attention car il sait que nous avons déjà effectué un travail en amont. C’est d’ailleurs la même chose avec les demandes de logement : nous épluchons la demande de chaque personne car la crédibilité de la CNL est en jeu, et j’y tiens !

La loi Elan
Durant ce nouveau mandat en tant qu’administrateur, je serai particulièrement attentif à l’application de la loi Elan et notamment à la mise en place de la société anonyme de coordination. Bien que Quevilly Habitat soit contre la loi Elan, le travail de la direction ne me donne pas satisfaction car nous ne défendons pas nos positions de la même manière. C’est donc l’aspect politique qui est le plus complexe dans la relation avec le bailleur : d’un côté, ils comprennent parfois nos positions et reconnaissent notre valeur et de l’autre, leur vote est clairement « macron-compatible ». Les discussions sont donc parfois animées.

Au-delà du conseil d’administration, je vais surtout essayer de discuter un maximum avec les locataires car il va falloir qu’à un moment ou l’autre, ils se mobilisent : ce sont eux les premiers impactés par cette loi. Je relaie énormément tout ce que la confédération nous transmet et nous allons nous en servir pour faire un travail important de sensibilisation.

Et l’avenir de la CNL ?
Selon moi nous avons déjà tous les outils nécessaires pour assurer un bel avenir à la CNL. Je pense que le travail à faire porte davantage sur le caractère confédéral : il faut que tout le monde marche dans le même sens car nous défendons les mêmes idées. Si nous arrivons à coordonner les décisions nationales avec les fédérations, les amicales et les administrateurs, le pas est fait. Les outils pour progresser sont bien là : le centre de formation, Logement et Famille, les brochures, les communiqués de presse, etc. Nous avons déjà tout à portée de main.

En ce qui concerne la formation, je pense qu’il doit s’agir d’une volonté du président de fédération car cela fait partie de notre travail. Par exemple, j’ai récemment animé une formation avec Jean Longuet, Président de la section CNL du Havre et nous avons réussi à réunir 27 personnes en 2 séances. Il s’agissait principalement de nouveaux administrateurs mais nous avons ouverts la formation à ceux en position assez haute dans les listes car ils peuvent être amenés à intervenir durant ces 4 ans. Les militants nous ont d’ores et déjà demandé d’autres formations et sont très demandeurs. C’est à nous, en tant que président de fédération, de répondre à cette demande.