Logement et Famille 275 - Le Portrait (en intégralité)

Interview Françoise Soury – Administratrice Hauts de Seine Habitat (92)

J’ai adhéré à la CNL il y a plus de 40 ans lorsqu’une grande réhabilitation a eu lieu dans ma cité. Avec quelques amis, nous nous sommes mobilisés et avons créé une amicale de locataires rassemblant 500 adhérents. Je suis devenue secrétaire de l’amicale et j’ai continué par la suite à y militer. Être à la CNL m’a permis de pouvoir dire ce que j’avais à dire, je me suis sentie dans mon élément et quelques années plus tard, j’ai été élue pour la première fois administratrice de Hauts de Seine Habitat.

Pourquoi est-ce que je me suis présentée au poste d’administratrice ? Eh bien, j’y ai été poussée par mes amis car je m’étais très fortement engagée dans cette réhabilitation et j’avais déjà beaucoup collaboré avec la fédération. J’ai occupé mon poste d’élue pendant quelques années puis j’ai dû me résoudre à laisser ma place car il était très compliqué pour moi de tout gérer : les enfants, mon travail à la CGT en tant qu’assistante d’une secrétaire confédérale, mes activités militantes, etc. Quand je m’engage, je le fais pleinement donc ce n’était pas possible de continuer de cette manière. Pour autant, je suis restée adhérente à la CNL et j’ai continué à militer selon mes possibilités. Je savais que la relève était parfaitement assurée à la CNL donc je n’avais aucune crainte à ce niveau-là.

Plus tard, lorsque je suis partie en retraite, mes amis m’ont demandé de reprendre des responsabilités au sein de la CNL puisque j’étais plus disponible ; car disponible il faut l’être, notamment pour assister aux réunions de l’office. Toutes les réunions se tiennent en journée, sans un statut de l’élu associatif c’est extrêmement difficile de militer à 100 %.

C’est d’ailleurs sûrement l’une des raisons pour lesquelles nous avons tant de mal à recruter des militants et à mettre en place la relève. A la CNL, nous avons des militants (et des militantes !) géniaux qui acceptent, par exemple, de se présenter sur les listes électorales. Pour assurer pleinement leur rôle d’administrateur, dans la mesure où ils sont salariés, il faut qu’ils soient entourés d’une équipe de militants. Lorsqu’on s’engage, surtout à la CNL où le contact humain et le terrain sont essentiels, on fait tous selon nos moyens.

Le rôle d’administratrice
Un office départemental comme le mien, c’est 44 000 logements répartis sur l’ensemble des Hauts-de-Seine. A voir la configuration du département, on comprend qu’il est extrêmement compliqué de répondre à toutes les sollicitations mais nous avons des amicales dans quasiment toutes les villes. Mon rôle est de les aider au mieux en cas de difficultés importantes, lorsqu’une réhabilitation ou un contrôle de charges ne se passe pas bien par exemple. Dans ce cas, j’incite toujours à la création d’une amicale car ainsi, les locataires savent qu’ils auront des gens disponibles et dévoués à leurs côtés pour les aider.

Outre la ligne de conduite de la CNL (lutte contre la vente de logement social, mobilisation contre les augmentations de loyer, etc.), mon rôle est également d’amener les sujets importants à l’ordre du jour du conseil d’administration. Quand des choses importantes sont dites sur telle ou telle résidence, j’envoie immédiatement les informations afin que les amicales soient informées. Sur les Hauts-de-Seine, j’ai la chance d’avoir affaire à des gens intelligents et débrouillards qui me demandent de l’aide seulement quand c’est réellement nécessaire. Je leur apporte alors mon soutien et, surtout, je me rends le plus disponible possible pour eux.

Les sollicitations sont nombreuses : ce matin, j’ai déjà eu une dizaine d’appels téléphoniques. Le département est très grand et les fusions entre offices départementaux et petits offices se multiplient, ce qui n’arrange rien. Par exemple, avant que l’office de Suresnes ne fusionne avec Hauts de Seine Habitat, il y avait deux amies administratrices sur la ville mais leur poste a disparu lors de l’absorption. Nous perdons des élus, ce qui complique toujours plus la situation et donne davantage de travail.

La relation avec le bailleur
En quelques mots : il nous écoute mais il n’agit pas en conséquence. Comment faire quand, dans un office, nous avons en face de nous des représentants du préfet, des institutions de l’Etat et une vingtaine de maires qui ne partagent pas nécessairement nos points de vue ? Quand il faut se prononcer sur une augmentation de loyer, la majorité des associations de locataires vote contre mais quel poids a ce vote dans un conseil d’administration comme le nôtre ? C’est généralement 4 voix « contre » et 23 voix « pour ». Le rapport de force est donc compliqué. C’est pareil sur la question de la vente de logements sociaux : ils nous écoutent mais ils connaissent à l’avance notre réaction et nos déclarations. Les élus des locataires devraient avoir un droit de véto sur ces questions qui ont des conséquences majeures sur le quotidien des habitants.

Et la relation avec les locataires au quotidien ?
Je me rends compte que l’on vit de plus en plus dans une société d’instant T. Lorsqu’un locataire a un problème, il contacte d’abord le gardien qui appelle ensuite la délégation de proximité et la demande remonte ainsi lentement le fil des interlocuteurs. Résultat ? Plusieurs semaines voire mois plus tard la réparation n‘est toujours pas effectuée et le locataire se tourne alors vers moi. Les locataires estiment qu’à partir du moment où j’ai été élue, je dois régler leurs problèmes. Je suis obligée de leur expliquer que je suis une locataire, comme eux, et que les soucis qu’ils ont, je les partage. J’interviens et la prise en compte est évidemment un peu plus rapide mais je ne suis pas responsable des lenteurs de l’office.

Je suis mobilisée sur ma cité depuis 40 ans, et depuis plusieurs années sur le département. Beaucoup de locataires me connaissent, ils adhèrent et votent CNL. Lors des dernières élections, nous avons obtenu 33 % des voix et un deuxième poste d’administrateur - Mohamed ZOUAOUI de Boulogne - ce qui n'est pas rien ; mais au-delà de leurs encouragements et de leurs remerciements, nous avons du mal à inciter les locataires à nous rejoindre dans l'action. J'ai connu des solidarités beaucoup plus fortes que je n'en connais aujourd'hui et il ne faudrait pas que les locataires se réveillent trop tard car la néfaste loi Elan est désormais votée : il nous faut la combattre pied à pied.