LETTRE OUVERTE de la CNL à l’USH : « Pas de négociation avec le gouvernement sans les locataires »

Depuis son application en février 2018, la réduction de loyer de solidarité (RLS) fait des ravages sur la trésorerie des organismes HLM et EPL. Alors qu’en 2018, 800 millions d’euros ont été ponctionnés directement sur leur budget, le prélèvement s’élèvera à 900 millions en 2019 pour atteindre 1,5 milliard en 2020. L’ensemble des bailleurs sociaux devront ainsi débourser 2,5 milliards d’euros à horizon 2020 (en tenant compte de la hausse de la TVA de 5,5 % à 10 % et de l’augmentation de la cotisation CGLLS) !

Par conséquent, ce sont à nouveau les locataires qui feront les frais de cette politique d’austérité imposée par le gouvernement, aux ordres de Bercy, et en décalage total avec les difficultés quotidiennes des habitants du parc social.

Les répercussions concrètes de ces mesures sont impitoyables et nous n’avons eu de cesse, à la CNL, de dénoncer leur effet dévastateur pour les rénovations, la réhabilitation et l’entretien courant des immeubles HLM. Sans moyens, les organismes de logement social sont voués à laisser leur parc se dégrader sans pouvoir agir. Pour les  locataires, c’est à coup sûr une dégradation de leurs conditions d’habitat et plus largement de leur cadre de vie.

Par ailleurs, les projections inquiétantes de la fédération des OPH font état de moins 50 à 60 000 logements sociaux construits par an. Quant à la fédération des ESH, elle annonce une production en chute libre de 210 000 logements sociaux sur la période 2020-2030.

Pourtant, alors que l’avenir du logement social s’assombrit, l’USH refuse de s’opposer aux mesures néfastes de l’Etat et – pire ! - s’évertue même à accompagner ces décisions, privilégiant ses intérêts à ceux des locataires.

Après des mois à accompagner les manœuvres du gouvernement (une attitude que la CNL dénonçait déjà dans sa lettre ouverte du 09 avril 2018), l’Union sociale pour l’habitat profite aujourd’hui du grand débat national pour faire valoir sa position dans le débat public. C’est dans cet objectif qu’elle a initié une conférence de presse le 31 janvier 2019 réunissant l’Association des maires de France (AMF), la Fédération française du bâtiment et la Fondation Abbé Pierre ainsi que les différentes familles de bailleurs sociaux (à l’exception de la fédération des EPL).

Alors que l’objectif annoncé était une démarche « collective » afin de rencontrer le Premier ministre et infléchir la décision du gouvernement dans le cadre de la préparation de la loi de finances 2020, force est de constater que la voix des locataires n’est pas considérée comme importante pour l’USH. En effet, les associations de locataires, acteurs majeurs du parc social et représentants des locataires au conseil d’administration des bailleurs sociaux, ont été volontairement exclues de cette démarche.

Outre le caractère profondément méprisant d’un tel comportement, c’est la voix des locataires que l’on a voulu taire ! Résolument engagée en tant que première association représentative des locataires dans le parc social, la CNL appelle le Premier ministre à écouter les doléances des locataires. Dans la période de profonde crise sociale que nous traversons, oublier les locataires, c’est oublier près de 10 millions de Français !

 

Eddie JACQUEMART
Président national de la CNL