Lettre ouverte au Président Macron

Monsieur le Président,

Ne faites pas payer aux locataires modestes votre politique.

Votre gouvernement a récemment annoncé la baisse des aides personnelles au logement (APL, ALS et ALF) pour l’ensemble des 6,5 millions d’allocataires à partir du 1er octobre 2017. Nous ne pouvons interpréter ce geste autrement que comme la volonté de faire payer votre politique, notamment celle d’allègements fiscaux pour les familles aisées et les entreprises, en cherchant directement dans le portefeuille des locataires modestes.

En effet, du fait des règles strictes qui prévalent pour l’attribution des aides au logement, un allocataire sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Les APL permettent concrètement à des millions de familles de pouvoir assumer le paiement de leur loyer. Des familles qui, effectivement, sont à cinq euros près pour boucler leur fin de mois. Depuis quelques années, les expulsions locatives sont en hausse constante, le nombre de sans-abris a augmenté de plus de 50% depuis le début des années 2000. Il peut suffire de peu pour faire basculer des milliers d’autres situations déjà au bord du gouffre : ces cinq euros dont vous avez décidez de priver les locataires modestes peuvent être ce « peu ». Nous nous retrouverions alors avec encore davantage de personnes à la rue, davantage de familles qui, pour conserver un toit sur leur tête, se priveront de soins, d’une alimentation correcte, de chauffage. Qui peut croire que la société ait quelque chose à gagner face à de telles situations ?

Vos ministres et porte-paroles expliquent que les aides au logement sont inefficaces et qu’elles contribuent davantage à la hausse des loyers qu’elles n’améliorent la situation des locataires. Nous trouvons cet argument hypocrite. D’abord, le barème des « loyers plafonds » au-delà desquels les aides n’augmentent plus n’ont pas suivi la hausse réelle des loyers depuis 20 ans. Cela s’est fait pour des raisons comptables à courte vue et au prix d’une dégradation des conditions de vie des locataires. Ensuite, les propriétaires ne baisseront pas les loyers uniquement parce que vous décidez de couper dans les APL. Une vraie baisse des loyers ne peut avoir lieu que par des mesures sévères d’encadrement des loyers et un investissement important dans la construction de logements sociaux. Des politiques dans lesquelles nous vous demandons, au nom des locataires modestes, de vous engager.

Monsieur le Président, en ce début de mandat, il vous convient de choisir : votre quinquennat sera-t-il marqué par le souci du droit au logement ou la dégradation de la vie des locataires modestes ?

Nous vous demandons donc, monsieur le Président, de revenir sur les coupes dans les APL annoncées par votre gouvernement.

 

Eddie Jacquemart
Président national de la CNL