La CNL s'entretient avec "Too Good To Go"

Acteur incontournable de la lutte contre le gaspillage alimentaire, le mouvement Too Good To Go (littéralement « trop bon pour être jeté ») n’en finit plus de grandir. Lancée en 2016, l’application connaît une expansion rapide en connectant commerçants, grandes distributions et citoyens. Luisa Ravoyard, assistante relations presse chez Too Good To Go, répond à nos questions.

D’où découle votre projet ?
Le gaspillage alimentaire se devait d’être au centre de nos conversations/ préoccupations car en France 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année. Face à ce triste constat, l’application Too Good To Go a été lancée en 2016 comme une solution simple du quotidien permettant de donner à chacun les moyens d’agir de manière pratique contre le gaspillage alimentaire. Concrètement, Too Good To Go met en relation des commerçants et des citoyens afin que ces derniers récupèrent des invendus à petits prix, le but étant d’éviter que la nourriture ne termine à la poubelle. En moins de quatre ans d’existence, nous avons réussi à sauver plus de 18 millions de paniers repas. Nos 15 000 commerçants/ partenaires et nos 7,5 millions d’utilisateurs ont contribué à l’essor de notre initiative. Nous comptons sur le soutien de commençants indépendants, des distributeurs, de grossistes, de cantines, de chaînes de restauration, etc. Notre croissance a été fulgurante mais l’ambition finale est d’éradiquer le gaspillage alimentaire.

Est-ce qu’il a été difficile de convaincre des partenaires/ investisseurs ?
Il a été difficile de convaincre les premiers commerçants mais de fil en aiguille, notre opération séduction a fonctionné puisqu’aujourd’hui, 1 000 commerçants par mois nous contactent afin de collaborer avec nous ! Les mentalités ont clairement évolué dans le bon sens : les consommateurs sont au rendez-vous et n’hésitent pas à demander des comptes aux marques. L’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire a des objectifs ambitieux en termes de réduction du gaspillage alimentaire et notre action permet d’engager ce virage avec eux. Il est important de noter que nous sommes dans une logique de « gagnant-gagnant-gagnant » : notre travail de sensibilisation permet aux commerçants de créer de la valeur sur des biens qui auraient fini à la poubelle, aux utilisateurs de récupérer des paniers repas à moindre prix et contribuer grâce à leur geste à préserver la planète ; et cette dernière est aussi gagnante car le gaspillage alimentaire représente 8 % des émissions mondiales de CO2.

Votre application est-elle effective sur le plan européen ou mondial ?
14 pays européens participent au rayonnement de notre application, et celle-ci commence ses premiers pas aux Etats-Unis. La France représente un des pays où l’application rencontre un franc succès. C’est même notre meilleur marché car sur les 50 millions de repas sauvés, 18 se situent en France.

Votre initiative est-elle soutenue par l’Etat ?
Nous n’avons pas de relations directes avec l’Etat mais nous avons cependant un département d’affaires publiques qui a pour but de mettre en exergue ce sujet sur l’échiquier politique. C'est à ce titre que les ministères de l’Agriculture et de la transition énergétique nous ont sollicité pour l’élaboration du pacte sur les dates de consommation (loi passée début 2020 à l’Assemblée nationale). Nous travaillons régulièrement avec des parlementaires qui peuvent nous consulter sur des projets de loi éventuels. Récemment, nous avons été consultés dans le cadre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. Nous faisons un travail d’expertise afin d’éclairer les politiques sur ce sujet.

Justement, estimez-vous que cette loi anti-gaspillage, adoptée début 2020, va dans le sens de votre action ?
Cette loi ne concerne pas spécifiquement le gaspillage alimentaire mais globalement nous sommes heureux que l’Etat prenne à bras le corps cette problématique. Nous encourageons cette initiative qui vise à limiter nos déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat.

Quel est votre objectif à atteindre dans les mois ou années à venir ?
Le gouvernement français s’est fixé comme objectif de réduire le gaspillage alimentaire de 50 % par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025. Nous désirons évidemment y contribuer. En parallèle de l’application, qui demeure notre premier levier d’action, nous avons véritablement envie d’être un mouvement qui sensibilise l’ensemble de la population autour de la question du gaspillage alimentaire.

La popularité de votre action est-elle propre à l’espace urbain ?
Notre combat s’est porté au départ sur la région parisienne mais aujourd’hui, suite à l’essor de notre opération, notre présence est répartie sur l’ensemble du territoire. Nous menons un travail de concertation avec la grande distribution qui favorise les connexions avec les grandes villes, mais aussi les régions moins densément peuplées.