La CNL s’entretient avec Agir pour l’Environnement

Association de mobilisation citoyenne nationale, Agir pour l’Environnement traite plusieurs questions écologiques, des OGM aux pesticides, sans oublier le nucléaire et le bien-être animal. Délégué général de l’association, Stéphen Kerchove évoque pour nous les divers sujets d’actualité avec au menu : la place de l’environnement dans le cadre politique, la propagation de la 5G et la toute-puissance d’Amazon.

Avec la crise sanitaire actuelle, ne craignez-vous pas que le thème de l'environnement soit relégué au second plan ?

Il est toujours à craindre que les questions écologiques passent au second plan, notamment durant les périodes de crises, sanitaires ou économiques. Le grand retour du plastique ou les investissements dédiés aux énergies sales dans le cadre des plans de relance sont des indicateurs pour le moins inquiétants. C'est regrettable car la situation que nous vivons actuellement est principalement la conséquence d'un modèle qui a négligé la biodiversité. Les virus se développent et se propagent lorsque nous détruisons l’habitat d'insectes et autres animaux qui vont, de fait, se rapprocher de zones habitées par l'homme. Par ailleurs, l'agriculture industrielle, avec ses fermes usines et ses concentrations d'animaux sont des foyers infectieux en puissance. Si nous voulons éviter d'autres pandémies, il nous faut changer notre regard sur la nature et l'environnement.

Considérez-vous la France en retard en matière d'écologie ? Si oui, quels progrès doivent être réalisés ? À quelles échéances ?

La France se plaît à croire qu'elle est en avance alors qu'elle persiste dans un modèle industriel s'appuyant sur les pesticides, le nucléaire, le diesel et l'aviation. Ces quatre plaies empêchent le pays de s'engager dans une transition écologique cohérente et inscrite dans le temps. Face aux enjeux climatiques notamment, il est urgent de revoir de fond en comble nos modes de développement en opposant à la croissance une autre philosophie faite de résilience et de lien.

Pouvez-vous nous expliquer votre combat contre la propagation de la 5G en France ?

La 5G est présentée comme une source de progrès mais nous n'avons pas voix au chapitre. Nous regrettons qu'une société dans son ensemble ne puisse débattre d'options technologiques qui auront une incidence réelle sur notre façon d'être ensemble. Lorsqu'un adolescent passe 6h40 par jour devant un écran, soit 40 % de son temps de vie éveillée, nous sommes en droit de nous interroger sur ce que nous estimons être une dérive qui s'apparente à une certaine forme de maltraitance infantile. Avec la 5G, cette dérive ne fera que s'amplifier. De surcroît, certains acteurs économiques espèrent voir se démultiplier les objets connectés qui pourraient se compter en dizaines de milliards d'ici 2025. Non seulement cette généralisation d'objets connectés va nécessiter un gaspillage de matières premières non recyclables, mais elle va également engendrer une vaste surveillance de nos moindres faits et gestes. A minima, nous sommes en droit de demander un débat public, ce que refuse le gouvernement, estimant être le seul légitime pour opérer ces choix de société. Par ailleurs, cette 5G va encore augmenter la consommation énergétique et les rejets de CO2 du secteur du numérique, tout en augmentant les niveaux d'exposition aux champs électromagnétiques dont les effets sur la santé sont encore mal connus.

Vous avez récemment participé à une tribune intitulée « Stopper Amazon avant qu'il ne soit trop tard ». En quoi Amazon est-il le symbole de la destruction du lien social et de la dégradation du climat ?

Amazon n'est malheureusement pas seulement un symbole mais la réalité d'un monde où l'accumulation de biens tend à remplacer les liens entre individus. Nuit et jour, 7 jours sur 7, 365 jours par an, nous sommes appelés à nous comporter en consommateur à temps plein. Amazon a construit son modèle économique sur une logique : le client roi. Or, cette toute-puissance détruit le commerce de proximité tout en faisant appel à des salariés kleenex. Il est à nouveau urgent que nous puissions, collectivement, débattre de ces sujets car le développement d'Amazon a un impact réel sur l'urbanisme de nos villes, sur le type de commerces et nos façons de consommer.

Les GAFAM dominent-ils le monde d'aujourd'hui ? Que faire face à cette hégémonie ?

Le poids pris par ces oligopoles se fait au détriment de ce qu'abusivement nous nommons « la vieille économie ». Or, cette vieille économie a construit nos villes, leur physionomie et incidemment a permis à l'Etat d'assurer un minimum d'équité devant l'impôt. Avec ces multinationales qui échappent pour partie à l'impôt, c'est également notre système de solidarité et de redistribution qui vacille. Il est temps de remettre à leur juste place ces entreprises qui vivent l'Etat comme un grain de sable à noyer dans le béton. Contester ces GAFAM passe par une relocalisation de l'économie, par plus de proximité, par plus de liens entre les producteurs et consommateurs. Nous devons également renoncer à nous vivre comme des consommateurs impénitents. Nous devons nous réserver des temps hors commerce et hors ligne. Eteindre son ordinateur ou son mobile, c'est aussi mettre à distance ces GAFAM et retrouver le goût de l'échange avec autre chose qu'une machine.