Grand débat : lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République, les colères actuelles parlent aussi du logement.

Vous annoncez le lancement d’un grand débat national afin de « transformer les colères en solutions » et pourtant, vous n’incluez pas le logement dans la liste des thèmes sur lesquels les Français seront amenés à s’exprimer. Comment alors ne pas douter de l’efficacité d’un dispositif qui n’accorde pas l’importance qu’il mérite à ce thème si cher aux Français ?

Le logement est une préoccupation de chaque instant pour les familles, qu’il s’agisse pour elles de réussir à payer leur loyer, d’obtenir un logement, d’éviter d’en être expulsées, ou d’espérer que celui-ci ne leur tombe pas sur la tête. Les conséquences des politiques publiques du logement de ces dernières années (désengagement massif de l’Etat du financement du logement social, asséchement des trésoreries des bailleurs et soutien à l’immobilier privé) sont plus que jamais visibles : envolée des loyers, flambée des prix du foncier, fin des réhabilitations, exclusion des familles modestes des centres-villes et mixité sociale compromise. La crise du logement que nous traversons depuis maintenant une dizaine d’années est d’une ampleur et d’une profondeur inégalées.

Le logement représente le poste de dépense principal pour la majorité des Français. Avec un taux d’effort allant jusqu’à 50 %, les foyers modestes voient leur pouvoir d’achat s’effondrer et ne peuvent envisager les fins de mois sereinement. Cela est d’autant plus vrai que vous rabotez également les salaires, les pensions, les prestations sociales et les aides au logement. Il est impératif d’engager une véritable réflexion sur l’habitat et d’adopter une nouvelle politique nationale d’aménagement du territoire. Cela implique nécessairement de réorienter les choix budgétaires et de mettre en place de nouveaux financements, en priorité pour le logement social tout en contribuant à l’accession sociale à la propriété.

Le logement social est la solution et non le problème.

Depuis toujours la Confédération Nationale du Logement n’a de cesse de proposer, d’interpeller, de réclamer un véritable échange. Première organisation représentative des locataires, la CNL a senti la colère monter dans les cages d’escaliers. Depuis septembre 2017, déjà, nous interpellons vos ministres pour leur faire part du mécontentement des habitants. Alors que nos interventions peinent à susciter une réaction de votre gouvernement, ce débat national fait à nouveau l’impasse sur la question du logement.

Nous avons des propositions fortes pour mettre un terme à la crise du logement et ainsi redonner du pouvoir d’achat aux Français ; des solutions alternatives concrètes que nous avons rassemblées dans notre Plan logement et que nous portons depuis des années auprès des instances publiques. Malgré nos doutes sur la méthode et la réponse qui sera donnée aux aspirations des citoyens, nous les porterons également durant ce grand débat, pour que la parole des habitants soit entendue.

Nous rappelons notre attachement à un service public du logement et espérons que, fort de nos propositions, vous vous engagerez à le mettre en place au plus vite.

En vous présentant, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Eddie JACQUEMART
Président national de la CNL