Colocation, choisir et non subir !

Force est de constater que le logement est une des grandes préoccupations des jeunes. Et pour cause : un jeune sur deux, âgé de 18 à 25 ans, vit encore chez ses parents. Pour une majorité d’entre eux, le souhait de partir, leur envie de s’émanciper sont entravés par la difficulté d’accès au logement.

Quels sont les principaux freins ?

En premier lieu, le loyer. Plus le logement est petit, plus le prix au m2 est élevé. D’après une étude récente, le niveau de loyer des jeunes atteint en moyenne 465 € hors charge.
Dans les grandes villes universitaires, le prix s’envole, et le logement étudiant est très insuffisant. Ainsi, à Paris, moins de 10 % des demandes de logement en résidence CROUS sont satisfaites, faute de place.
D’où le recours croissant à la colocation, entre amis, par annonces ou désormais en cherchant directement son colocataire sur des sites spécialisés. Alors la colocation, une solution à la crise du logement ?
Rien n’est moins sûr. D’une part, parce qu’elle n’est pas toujours choisie, mais contrainte, par manque de moyens ou par insuffisance de logements. D’autre part, parce que les règles protectrices des locataires sont encore trop limitées.

 

Quels changements avec la loi ALUR ?

Quelques évolutions ont été promues par la loi ALUR, en particulier, la solidarité entre locataire. Lorsque le propriétaire constate un défaut de paiement du loyer, il peut se retourner contre l’un des locataires pour le contraindre au règlement de l’intégralité du loyer. Le risque est donc grand de se retrouver seul face aux injonctions de payer. Sans mettre un terme à la mesure, la loi ALUR introduit une légère protection : en cas de départ d’un des colocataires, il se retrouve dégagé de l’obligation de solidarité, dès
le changement de bail et au plus tard dans les 6 mois qui suivent.

La gestion des charges locatives a aussi évolué avec ALUR. Désormais, les propriétaires disposent d’un choix : soit faire payer les charges par prélèvement mensuel d’une provision de charges, régularisée à chaque fin d’année ; soit mettre en place un paiement forfaitaire... qui ne permet aucune régularisation ! Au final, des mesures assez faibles pour offrir de vraies garanties protectrices aux colocataires.

C’est pourquoi il faut de nouveaux droits en matière de colocation. D’abord, en supprimant la clause de solidarité, qui peut mettre en péril un locataire en particulier, responsable de facto pour l’ensemble des locataires du logement. D’autant plus que, pour ceux qui optent pour la colocation par contrainte financière, ce mécanisme leur fait courir de vrais risques sur leur budget. Le loyer doit être contrôlé, pour éviter les abus, où des propriétaires n’hésitent pas à faire payer plus cher les colocations, au prétexte d’une division du coût entre chaque locataire. Les forfaits charges constituent aussi un scandale, exonérant les propriétaires de toute justification des montants, au détriment des locataires. Ces mesures constitueraient autant d’avancées utiles pour celles et ceux qui optent pour la colocation.

Mais surtout, il y a urgence à construire : sans construction massive de logements abordables, la colocation restera un recours subi par toutes celles et ceux qui rêvent d’un logement à eux, mais qui n’en ont pas les moyens.