5G, de la transparence et un moratoire !

Sans aucune concertation, le gouvernement français a décidé que la technologie dite « 5G » revêtait un enjeu stratégique pour le pays. Il a pour cela lancé en urgence les enchères d’une première tranche de fréquence. Pourquoi un tel empressement alors même que la convention citoyenne vient d’exiger un moratoire ? Cela interroge et fait naitre les suspicions.

D’abord de très nombreux habitantes et habitants ne savent pas de quoi il s’agit. La 5G est une nouvelle fréquence de transmission censée accélérer l’échange de données (10 fois supérieur à la 4G sur les smartphones) et une amélioration du temps de latence. Elle a aussi pour objectif d’être utilisée dans diverses technologies (sciences, automobile, médecine, objets connectés).

Depuis plusieurs mois un débat à lieu sur la mise en place de cette technologie, qui plus est sans que nous n’ayons connaissance de ces impacts à différents niveaux. Alors que nous traversons une période de crise sanitaire inédite, il est légitime de s’interroger sur les possibles effets délétères, sur l’environnement et la santé, d’une technologie inconnue de la plupart de nos concitoyens.

En effet un rapport publié en octobre 2019 par l’ANES sur la 5G indique clairement « un manque important, voire une absence, de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels » de la nouvelle technologie. Il va en plus avoir un effet d’accumulation avec d’autres ondes dont on ne connait pas encore les impacts sur la santé.

Une aggravation des inégalités ?

Alors que de très nombreuses zones blanches persistent, la CNL s’interroge sur l’urgence à développer cette technologie alors même que de très nombreux habitant-e-s n’ont pas accès au haut débit internet. En 2017 on comptait encore 541 communes françaises classées en "zone blanche" par un décret gouvernemental. Ne faut-il pas d’abord assurer à ces communes un accès au numérique avant de se projeter vers une nouvelle technologie qui risque une fois de plus d’accentuer les inégalités entre les citoyens et les territoires ?

Si la question de la fracture numérique doit être traitée, elle ne le sera pas en accumulant des technologies toujours plus puissantes. Dans un rapport publié en 2017, le Défenseur des droits de l’époque, Jacques Toubon indiquait que 12% de la population âgée de 12 ans et plus, soit près de 7 millions de personnes, ne se connectent jamais à internet. Ce même rapport indiquait que 0, 7 % des français, soit 500.000 personnes, n’ont pas accès à une connexion internet fixe. Dans les communes de moins de 1000 habitants plus d’un tiers des habitants n’ont pas accès à un internet de qualité. Cela représente près de 75% des communes de France et 15% de la population. Avec la 5G qu’en sera-t-il ?

Quelle utilité ?

Au regard des expérimentations qui sont menées dans d’autres pays, et les retours qu’en font les consommateurs, nous sommes en droit de nous interroger sur l’utilité de cette technologie. Si on prend simplement l’augmentation du débit, de nombreux utilisateurs signalent le fait qu’ils doivent couper la 5G sur leur mobile car la connexion est trop hachée du fait du passage permanent de la 4 à la 5G. Nous savons d’ores et déjà que cette technologie ne sera pas déployée dans les zones faiblement peuplées, celle-ci ne répondant pas au modèle économique de la 5G. Une fois de plus cela nous renvoie au risque de créer de nouvelles inégalités.

Quel coût ?

Alors que la crise sanitaire se double d’une crise sociale impactant de manière particulièrement forte le pouvoir d’achat des habitantes et des habitants, l’arrivée de cette nouvelle technologie va occasionner de nouvelles dépenses contraintes. En effet pour pouvoir bénéficier de la 5G, les utilisateurs devront acquérir de nouveaux téléphones. Même si l’utilisation de la 4G va continuer, nous savons maintenant grâce à plusieurs études sérieuses que les opérateurs mettent en place l’obsolescence programmée afin d’obliger les consommateurs à acquérir de nouveaux terminaux, aux prix de plus en plus chers. Chaque année 25 à 30 millions de smartphones sont vendus en France, ce qui représente une somme considérable.

Mais ce n’est pas la seule chose qui risque d’augmenter. Qui dit nouveau téléphone, dit nouveau forfait. D’après les premiers éléments dont nous disposons les premiers tarifs proposés aux particuliers se situeraient entre 40 et 70 euros, ce qui est bien plus important que les premiers forfaits disponibles sur le réseau 4G.

Quelle maîtrise publique ?

Autre sujet d’inquiétude la question des données des utilisateurs. Si les GAFAM (les géants du numérique) sont si intéressés par la mise en place de la 5G c’est que leur modèle économique, et de développement, repose sur le recueil et l’analyse de données. Avec la 5G on parle d’une multiplication par 1000 des données échangées sur les réseaux, dans les prochaines décennies. Alors que la crise que nous traversons a montré l’intérêt des services publics y compris dans les télécommunications il nous parait intéressant de se saisir de la 5G pour ouvrir un grand débat national sur la maitrise publique et démocratique des activités de télécommunications comme des réseaux fixes et mobiles.

Quelles conséquences environnementales ?

Alors que tout le monde ou presque s’accorde sur l’urgence à changer de modèle pour préserver une planète aujourd’hui menacée de disparition, l’utilisation de technologies toujours plus énergivores en ressources non renouvelables (eau, énergies fossiles, terres rares) interroge. La 5G aura aussi pour conséquence une accumulation de déchets électroniques polluants, déchets que l’on ne sait pas ou peu recycler. C’est ainsi qu’un récent rapport collectif GreenIT, indique qu’en 2025, la part de la production de gaz à effets de serre du fait des activités numériques atteindra 5,5%, contre 2,2% en 2010.

Pour la CNL, il ne s’agit donc pas de s’opposer de façon dogmatique à la 5G mais bien de créer les conditions d’un débat transparent et démocratique permettant d’apporter des réponses concrètes aux interrogations et inquiétudes, légitimes, que se posent de très nombreux citoyens.

Aussi, la Confédération Nationale du Logement regrette que le Président de la République ait refusé la mise en place d’un moratoire sur la 5G permettant la tenue d’un démocratique, nécessaire, dans l’intérêt des habitantes et des habitants

Aussi afin de leur permettre de s’exprimer sur cette question, nous ouvrons dès aujourd’hui un cahier de doléance en ligne que nous remettrons à la fin de l’année au Président de la République.

Nous demandons également un gel des attributions de fréquence déjà accordées et la mise en attente des suivantes ainsi que des études plus poussées sur les conséquences de cette technologie.

La CNL, comme elle en a l’habitude, sera aux côtés des habitantes et des habitants pour défendre leurs intérêts, aussi bien en termes de pouvoir d’achat que de qualité de vie.